top of page
antivalidisme final aplati texte.png

Pour une seule école, contre la ségrégation des élèves handicapéEs !

Lundi 28 septembre 2026

ANTIVALIDISME

Quand les médias servent un discours stigmatisant sans analyse...


Quand certains syndicats enseignants revendiquent le retour à une école séparée…


Quand l’extrême droite européenne avance les mêmes réponses…


Le 11 septembre dernier, dans une école d’Évry-Courcouronnes, un élève de huit ans aurait “explosé de colère”i et frappé une enseignante qui tentait de s’interposer dans une bagarre entre lui et un autre élève. Cette situation n’aurait eu aucun relais médiatique si l’élève n’avait pas été concerné par un handicap. Les rédactions médiatiques de tous bords, de BFMii à L’Humanitéiii, ont toutes réagi avec le même angle d’analyse soufflé par le SNUIPP, organisation syndicale majoritaire dans le premier degré: cet élève aurait dû avoir une place en ITEP (Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique) et n’aurait donc pas dû être scolarisé.


Aucun travail journalistique pour connaître les conditions d’accueil de cet enfant handicapé dans cette école et évoquer le climat validiste généralisé dans nos établissements scolaires. Actuellement, les élèves handicapéEs sont massivement victimes de harcèlements et de moqueries (de leurs camarades mais aussi d’enseignantEs), leurs besoins ne sont pas pris en compte et mêmes les aides et adaptations qui leur sont théoriquement accordés par la MDPH ne sont souvent pas mises en place (⅓ temps, matériel informatique, aide humaine, exercices en moins, etc).


Aucun travail d’enquête non plus pour évoquer la réalité des institutions dites spécialisées (IME, ITEP, CEM, MAS, etc) qui sont, selon le droit international (ONU et conseil de l’Europe), des lieux de ségrégation donc de violences.


Il est bien pratique de ne voir et relayer que les actes d’un enfant de huit ans sans jamais interroger les possibles violences qui l’auraient fait réagir, ni les violences qui l’attendent dans l’ITEP où toute la société voudrait l’enfermer.


Ce traitement médiatique s’ajoute à ce que nous observons depuis plusieurs mois : des organisations syndicales enseignantes remettent ouvertement en cause le principe de scolarisation des élèves handicapéEs au sein de l’école publique. Nous rappelons que ces positionnements sont en opposition totale avec les revendications des militantEs antivalidistes et avec le principe d’éducabilité de tous les enfants. Ils sont aussi  contraires au droit international inscrit dans la Convention Internationale des droits des enfants et la Convention Internationale du droit des personnes handicapées –  deux textes internationaux pourtant ratifiés par la France. D'autres pays (Italie, Portugal, Suède,...) ont d’ailleurs démontré qu'il est parfaitement possible et légitime de scolariser tous les enfants sans aucune exception dans le milieu ordinaire. 


Quelques exemples illustrent ces prises de positions problématiques:

Le Syndicat national des écoles (SNE) revendique de réécrire la loi de 2005iv afin de reconnaître que « certains enfants n’ont pas leur place » à l’école, temporairement ou définitivement. Il demande parallèlement une augmentation des places en IME, ITEP, IEM et en hôpital de jour.

Le SNALC, tout en dénonçant le manque de moyens et les conditions dans lesquelles l’inclusion est aujourd’hui mise en œuvre, défend également le maintien de l’enseignement spécialisé et alerte sur la disparition progressive de certaines places spécialisées en ESMS (établissements médico-sociaux)v.

La FNEC FP-FO revendique de son côté le droit à un enseignement spécialisé et dénonce la réduction des moyens qui lui sont consacrés. Dans ses prises de position récentes, elle oppose notamment les dispositifs d’accessibilité et les PAS aux moyens humains spécialisés et demande une « scolarisation adaptée aux besoins de chaque élève » tout autant que des places supplémentaires en ESMSvi.

Alors même que le sous-comité de prévention de la torture, des traitements inhumains et dégradants de l’ONU affirme dans sa communication de 2024 que tous les établissements spécialisés sont des lieux de privation de liberté par nature.


Le problème n’est pas de dénoncer une inclusion sans moyens mais de transformer cette dénonciation en droit à la ségrégation ! Pour le CUSE, c’est une négation des droits des enfants !

D’autres syndicats, tout en se revendiquant de l’école inclusive, réclament également davantage de places en établissements spécialisés. La FSU-SNUipp a ainsi placé l’ouverture de nouvelles places parmi les principales réponses à apporter aux difficultés de l’inclusion. Le Snuipp a écrit en 2025 dans les conclusions d’une enquête très partielle sur l’inclusion: “L’ouverture de places dans les établissements spécialisés n’est pas une remise en cause de l’inclusion : c’est une condition de sa réussite.”vii


Cette position, tenue jusqu’alors seulement par le syndicat Force Ouvrière, devenu poreux à l’extrême droite, a ouvert en grand la possibilité pour d’autres organisations corporatives se revendiquant syndicales, de développer  un discours  sans complexe, stigmatisant et discriminatoire envers les élèves handicapéEs.


Nous voulons des moyens pour rendre l’école publique réellement accessible à toutes et tous et non davantage de places pour soi-disant scolariser les élèves handicapéEs à l’écart de cette école que l’on annonce comme “inclusive”. Alors même que temps scolaire dans ces établissements reste extrêmement limité, trois à six heures par semaine.


Le CUSE partage un constat essentiel : l’école dite inclusive telle qu’elle fonctionne aujourd’hui souffre d’un énorme déficit de financement. Les classes sont bien trop chargées; les personnels manquent; les AESH sont précariséEs; les enseignantEs sont insuffisamment forméEs; et les coopérations avec les professionnels médico-sociaux restent très insuffisantes.


Cette réalité ne doit pas conduire à conclure que certains enfants devraient, par nature, «rester hors de l’école». A la légitime revendication de moyens, doit s’ajouter une remise en question de paradigmes problématiques encore trop présents à l’école : méritocratie, élitisme, tri des enfants, pression à la réussite, normalisation sociale et préparation des élèves à répondre aux attentes d’un système social et économique toxique.


Ce raisonnement inverse la responsabilité : ce n’est plus à l’école de se transformer pour accueillir la diversité des élèves mais à un certain nombre d’élèves de la quitter, en définitive, parce qu’elle n’a pas été rendue accessible.


Or, le Code de l’éducation pose le principe de l’inclusion scolaire de tous les enfants sans distinction et fait de l’adaptation de l’environnement scolaire une responsabilité du service public d’éducation. Où sont les moyens dédiés à sa mise en œuvre opérationnelle?


Pour le CUSE, le retour d’une logique où certains enfants seraient orientés durablement vers des établissements séparés, constitue une remise en cause profonde du principe d’une école commune à tousTEs. C’est tout particulièrement le renforcement d’un système de ségrégation des enfants handicapéEs qui devrait être intolérable à toute organisation syndicale ou politique se revendiquant de l’émancipation des personnes.


L’enjeu n’est évidemment pas de nier les besoins des élèves. Il faut au contraire, au sein de l’école publique, des bâtis 100% accessibles, davantage de personnels spécialisés, développer encore des soins et des rééducations accessibles sur place, plus d’éducateurTrices, de psychologues, d’enseignantEs spécialiséEs et d’AESH, organiser des temps de concertation et des classes moins chargées…


Ce sont les moyens du médico-social qui doivent être affectés à l'école et non pas les enfants handicapéEs que l’on devrait orienter vers des lieux de ségrégation où la scolarité n'est pas une réalité. 


Le CUSE refuse ainsi que les difficultés actuelles de l’école servent de justification à un nouveau tri des enfants selon leurs capacités supposées à « devenir élèves ».


Considérer que certains enfants sont incapables d'apprendre, c'est reproduire ce que l'on a fait autrefois avec les femmes, en les considérant hystériques, incapables de décider, traitées comme des incapables majeures; c’est reproduire le tri validiste et social des enfants comme il a été organisé et théorisé depuis le XiXème siècle; c’est entretenir et encourager un système de ségrégation des enfants handicapéEs qui épouse de fait des courants de pensées glaçants de l’extrême droite. 


Ailleurs en Europe, l’extrême droite assume explicitement cette séparation


Cette évolution française mérite d’être observée dans un contexte européen.


En Allemagne, l’AFD revendique explicitement le maintien et le renforcement des Förderschulen et des Sonderschulen, établissements spécialisés destinés notamment aux élèves handicapéEs. Son programme affirme que ces établissements doivent être conservés; il présente l’école spécialisée comme la réponse adaptée aux élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, c'est-à-dire, divergents de la norme valide. Dans son programme de 2025, l’AFD maintient cette orientation en défendant les écoles spécialisées pour les personnes handicapées et en rejetant ce qu’elle qualifie d’inclusion « indifférenciée ». Plus récemment, en Saxe-Anhalt, le programme régional porté par l’AFD prévoit également des mesures de séparation scolaire concernant les enfants réfugiés et les enfants handicapéEs.


En Espagne, le gouvernement prévoit d’intégrer progressivement dans l’enseignement ordinaire quelque 45 000 élèves handicapéEs actuellement scolariséEs dans des établissements spécialisés. Le PP ( droite) et VOX ( extrême droite) s’opposent à cette orientation et défendent le maintien des établissements spécialisés. 


La convergence problématique de ces raisonnements ségrégationnistes avec les idées d'extrême droite est différemment répandue en Europe. En France, ils sont ouvertement partagés par de nombreuses organisations syndicales, défendus et encouragés par les associations gestionnaires qui invisibilisent les discours militants anti-validistes qui proposent d’autres alternatives possibles. Cette réalité mérite d’être regardée en face : lorsque l’extrême droite affirme que certains enfants doivent être scolariséEs à part et que des organisations enseignantes françaises réclament elles aussi que certains enfants puissent ne pas avoir leur place dans l’école commune, les conséquences concrètes de ces orientations doivent être discutées.


Il s’agit désormais que les organisations syndicales et politiques qui partagent certaines revendications avec une organisation d’extrême-droite comme l’AFD prennent conscience du camp politique dans lequel elles s’inscrivent. Il n’y a pas d’antifascisme sans luttes antivalidistes solides. C’était déjà le cas en 2022 avec les déclarations d’Eric Zemmour pendant la campagne présidentielleviii.


Pour le CUSE, collectif composé de personnes handicapées, de militantEs antivalidistes, de parents d’enfants handicapéEs et de professionnels de ‘Éducation Nationale et du médico-social, jamais la séparation scolaire ne pourra être considérée comme une réponse légitime aux difficultés de l’accueil de tousTEs à l’école.


Nous refusons une école qui trie les enfants ! Nous voulons une seule école publique accessible pour toutes et tous !


Lundi 28 septembre 2026

LE CUSE (Collectif pour Une Seule École)



https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/enseignante-agressee-par-un-eleve-handicape-a-evry-ce-que-cette-affaire-revele-d-une-ecole-inclusive-a-bout-de-souffle-7900676602



https://www.bfmtv.com/societe/education/une-enseignante-agressee-par-un-enfant-de-8-ans-le-ministre-de-l-education-nationale-evoque-un-eleve-tres-handicape-qui-a-explose-de-colere_AV-202609240442.html



https://www.humanite.fr/societe/ecole-inclusive/enseignante-agressee-a-evry-par-un-eleve-derriere-laffaire-une-penurie-de-places-pour-les-enfants-handicapes



https://www.sne-csen.net/actu-2026-02-12



https://snalc.fr/pas-et-cnh-cr-15-septembre-2026/



https://www.fo-fnecfp.fr/inclusion-systematique-personnels-et-eleves-maltraites-aesh-meprisees-ca-suffit-amplifions-la-mobilisation/


https://resultats-inclusion.fsu-snuipp.fr/


https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/01/15/scolarisation-des-enfants-handicapes-eric-zemmour-fustige-l-obsession-de-l-inclusion_6109621_823448.html?srsltid=AU7gw4XIs_4uqboVynPbFT9I22KD57X0sCNJBVp54LNGXChKiJXeHRpD

collaboratif réalisé par les membres du collectif

bottom of page